LE GENERAL COMTE DE BOIGNE

Ne crains pas la grandeur,
certains sont nés avec,
d'autres l'acquièrent,
d'autres encore reçoivent celle dont on les gratifie...

William Shakespeare
Le crépuscule des rois; acte II.

UNE VIE DE LEGENDE ET UN MODELE

  Le nom du général comte de Boigne a disparu des dictionnaires encyclopédiques, comme si ce nom n'avait plus d'importance, comme s'il ne méritait que l'oubli, le nom de cet enfant du pays de Savoie, de celui qui pendant près de vingt ans, seul à la tête des armées du Mahadji Sindia et de l'administration de la moitié des Indes, avait tenu à distance la multitude des sepoys des armées britanniques.

  L'Inde: les plaines infinies du Décan qui paraissent s'évaporer sous le soleil; les rives pentues et traîtresses de la rivière Chambal, une contrée si peu fertile que jusqu'à nos jours la ressource la plus fiable demeure le banditisme; les vallées désertiques de pierraille rouge, jaune, ocre ou grise du Rajasthan, qui s'enchevêtrent jusqu'à l'infranchissable désert du Thar; les cimes enneigées des sommets pointus des Himalayas, parfois proches à les toucher; les larges fleuves paresseux bordés de forêts de mangliers dont les racines aériennes boivent goulûment l'eau bourbeuse; les jungles toujours humides; les cités, toutes plus étonnantes les unes que les autres, véritables mirages issus des mille et une nuits, qui surgissent comme des contrastes saisissants  sur les paysages les plus mornes, les plus éprouvants; et les animaux sauvages, tous les animaux sauvages...

  Et puis, les barrissements des éléphants de guerre excités, harnachés de nacelles portant canons et mousqueterie, leurs lourds piétinements dans l'attente de la charge; le bruit des lances qui s'entrechoquent, celui des décharges qui emplissent l'air, les murs des forteresses qui s'effondrent, les compagnons qui s'écroulent à vos côtés le corps mutilé... Et encore, les troupes de milliers d'hommes venus de toutes les régions du sous-continent à organiser en brigades "à la française" et à commander; les potentats et les petits princes à amadouer ou à convaincre; les marchands et les trafiquants matois avec lesquels il faut négocier... la fureur, l'ennui, les intrigues, les pièges et les poisons à éviter, les amitiés et la confiance qu'il faut judicieusement placer, sa propre famille à conduire; et les honneurs auxquels doivent obligatoirement succéder d'autres honneurs si le cours du destin doit se poursuivre. Et s'il n'y avait eu que cela...

Pourtant, aussi fabuleux et limpide qu'il apparaisse aujourd'hui, il sera évident à quiconque se lève chaque matin pour son labeur journalier, que le récit de cette vie légendaire ne fut pas si facile à écrire…





format 14,5x20, 160 pages, 41 illustrations, 3 cartes, tiré sur papier Vergé

18 euros + 5 euros de port.