Brangues, Philippe REGNIEZ. Essai dans une forme narrative sur « la co-naissance et le principe créatif chez P. CLAUDEL . » par l’auteur de L’Homme qui ne voulait pas quitter sa vallée, prix de La Société des Gens de Lettres, paru chez Albin Michel.
Brangues est le nom du village situé aux confins du Dauphiné, où Paul Claudel vécu ses dernières années. L’auteur a vécu quelques années non loin de Brangues. Dans une série de rencontres imaginaires, l’auteur s’entretient avec le vieux maître de son art et de son œuvre.
« … Car son église, l’église qu’il révère, est seule dressée au milieu de l’eau calme, et des fenêtres et de la porte de cette église coule du sang, nuit et jour, et ce sang n’arrive pas à se mélanger à cette eau, et soudainement il disparaît sans que l’on sache bien où il faut aller pour le retrouver. Et ce sang qui coule ne le fait pas par accès, ni comme le ferait un torrent, non, il coule tranquillement, régulièrement, formant des pans de fluide. Et il ne s’en dégage aucune odeur, aucun caractères particuliers hormis ceux de la pureté de sa couleur, et sa douce viscosité, car ce n’est pas là un sang de haine, de crime ou de passion, c’est tout simplement un sang qui irrigue. Suivre le trajet de ce sang, suivre toutes ses ramifications, les deviner sous les masses opaques de l’eau ; flotter sa barque sur les moindres courants, entre les moindres branchages des arbres écroulés des rives. Que de nuits endormies ainsi passées à essayer de trouver l’embouchure de ce gigantesque fleuve de sang pour pouvoir remonter à sa source… »
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